L’ingénieur tord le cou à une légende sur l’influence du pilote
Adrian Newey conseille à tous les ingénieurs en sport auto de ne pas trop chercher à analyser les données, et plus se concentrer sur le retour des pilotes. Celui qui occupe le sommet de la pyramide technique chez Aston Martin F1 a une expérience inestimable en sport automobile, et notamment en Formule 1.
Il assure que toutes les données du monde ne seront jamais aussi précieuses que le ressenti d’un pilote, qui est le véritable outil pour aller chercher d’autres réglages et corriger des problèmes.
“Je pense que les professionnels du secteur passent trop de temps à analyser les données et pas assez à écouter ce que dit le pilote” a déclaré Newey. “Car le pilote est le capteur le plus sensible de la voiture.”
“Et l’un des problèmes, certainement avec les capteurs de la voiture, c’est que très souvent, ils vous indiquent ce que fait la voiture, mais pas pourquoi elle le fait. Le pilote est la meilleure source d’informations, car les pilotes sont des êtres très intuitifs.”
“Ils adaptent automatiquement leur conduite aux limites de la voiture, souvent sans même s’en rendre compte. Ils ne peuvent donc pas expliquer comment ils modifient leur style de pilotage. Il faut les interroger efficacement pour essayer de leur soutirer ces informations.”
Et Newey de confirmer que selon lui, le pilote n’a jamais été aussi important en Formule 1. En effet, il explique que même si les données sont colossales en termes de quantité et impressionnantes de précision, aucun modèle n’est aussi clair sur les points positifs et négatifs d’une monoplace qu’un pilote.
“Quand j’ai commencé, il n’y avait ni enregistreurs de données embarqués, ni télémétrie. Les informations fournies par le pilote étaient absolument cruciales, car les seules indications dont disposait l’ingénieur de course sur le comportement de la voiture provenaient en réalité de ce que le pilote lui disait.”
“Avec l’avènement de l’ère des données, où nous avons littéralement des milliers de capteurs sur la voiture qui transmettent en temps réel, nous pouvons bien sûr en savoir beaucoup sur ce que fait la voiture.”
“En fin de compte, la raison pour laquelle elle fait cela très souvent tient au pilote. Cela tient aux informations fournies par le pilote. Le pilote joue toujours un rôle absolument essentiel. Un exemple de cela est que toutes les équipes de Formule 1 disposent désormais de ce que nous appelons des simulateurs ’driver-in-the-loop’. Ce sont avant tout des outils d’ingénierie.”
“Ils ne servent pas au développement des pilotes. Ils sont principalement destinés à l’ingénierie, afin que nous puissions évaluer différents réglages, ressorts, barres anti-roulis, réglages d’aileron, etc. avant de passer à la course suivante, ou encore à la recherche fondamentale, à la géométrie de la suspension, aux formes aérodynamiques, toutes ces choses que nous ne pouvons normalement pas modifier lors d’une course, mais que nous voulons connaître pour orienter nos développements futurs.”
Il détaille aussi les raisons pour lesquelles les données ont des lacunes face au pilote : “Pourquoi avons-nous besoin d’un pilote dans la boucle, plutôt que de nous contenter d’une simple simulation hors ligne ?”
“La raison est qu’aucun d’entre nous n’a réussi à créer un modèle de pilote suffisamment performant pour exprimer efficacement ce que ce modèle, ce modèle synthétique, ressent. Nous avons donc besoin d’un être humain pour le ressentir et nous dire ce qu’il ressent.”
“Le rôle du pilote est plus important que jamais. On pourrait même dire qu’il est encore plus important, car nous avons désormais la possibilité de le combiner directement avec les données pour comprendre exactement ce que fait la voiture et ce que nous devons faire pour la rendre plus rapide.”
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