Une image de marque propre au sein du groupe Red Bull

Racing Bulls a eu trois noms en trois ans, avec AlphaTauri, RB F1 – dont le nom était en réalité Visa CashApp du nom de ses deux sponsors titres – et Racing Bulls. Peter Bayer, le PDG de l’équipe, raconte comment le team doit se développer une toute nouvelle identité pour le public, et vis-à-vis de la famille Red Bull.
“Je pense que l’étape la plus importante pour nous a été, et c’est quelque chose que l’on ressent et que l’on constate, le développement d’une identité” a déclaré Bayer. “Les gens comprennent qui nous sommes, Racing Bulls. Les gens comprennent ce que nous faisons.”
“Nous sommes un incubateur de talents. Évidemment, dans ce sport, avoir une bonne voiture aide toujours. Nous avons franchi une grande étape, et Laurent et les équipes ont fait un travail incroyable pour restructurer l’écurie.”
“Il a fallu un peu de temps pour que chacun trouve sa place, mais on sent désormais qu’il y a de la cohésion, un véritable esprit d’équipe, des gens qui travaillent ensemble. Je dirais que sur le plan opérationnel, c’est la plus grande avancée.”
“Bien sûr, nous avons de la chance, car nous avons été généreusement soutenus par les actionnaires avec la nouvelle installation à Milton Keynes. À chaque fois que vous parlez à Alan [Permane], à Tim [Goss], aux gars, ils vous disent ’tu sais quoi ? J’adore aller travailler’.”
“C’est un site magnifique, qui coche toutes les cases : il y a du parking, une cantine, une salle de sport… donc c’est une avancée majeure. Nous avons une identité, une structure fonctionnelle. Nous travaillons en équipe, et nous avons trouvé notre position en misant clairement sur l’approche Gen Z, sur les jeunes fans.”
“La plupart découvrent encore ce sport, et je pense qu’ils aiment notre côté décontracté, où l’on ne se prend pas trop au sérieux. On aime s’amuser un peu. Côté réseaux sociaux, on vient de recevoir les chiffres de la F1.”
“47 % des fans de Formule 1 estiment que notre contenu est excellent, c’est la meilleure note parmi toutes les équipes. Tout cela a été bien structuré. Il est désormais très clair, pour l’extérieur, ce que nous faisons, comment nous communiquons, et comment nous nous positionnons en tant qu’équipe.”
La “summer edition” de Red Bull a donné ses couleurs à l’équipe en mai à Miami, et cela a aussi changé la perception de l’équipe et son rapport au groupe de boissons énergétiques : “Tout cela a culminé à Miami, car c’est là que Red Bull, en tant que famille, nous a également utilisés pour la première fois comme outil de promotion pour la canette.”
“Cela a permis de montrer au monde entier que nous faisons partie de cette famille. C’est l’édition estivale, et ce fut un énorme succès. La campagne sur les réseaux sociaux, axée sur la boisson et l’esprit d’équipe, a souligné tout ce que je viens de dire.”
Contrairement à son identité AlphaTauri entre 2020 et 2023, l’équipe revient aux sources de ce que prône Red Bull en tant que marque : “Il y a deux ans, c’était différent. L’approche était différente, et la pression pour réussir commercialement en tant qu’AlphaTauri était également moindre.”
“Il y avait moins de pression pour avoir une identité claire. Il s’agissait essentiellement d’une deuxième équipe chargée du développement des jeunes, très axée sur l’aspect sportif. En plus, ils portaient les couleurs d’AlphaTauri, mais ils n’étaient pas animés par cette soif d’avoir une identité claire, d’avoir un rôle précis au sein de la famille Red Bull.”
“Je n’étais pas là il y a 20 ans, lorsque Red Bull était la rock star du secteur. Mais nous essayons certainement de réinjecter un peu de ces valeurs d’origine. Ne vous prenez pas trop au sérieux. Amusez-vous dans ce que vous faites. Travaillez dur, faites la fête !”
“C’est quelque chose que nous voyons chez nos pilotes, Isack et Liam. Toutes les idées folles que ces gens trouvent sur les réseaux sociaux, ce n’est pas qu’ils doivent les forcer ! On les voit prendre plaisir à ce qu’ils font. Je ne veux donc pas trop comparer. Nous faisons ce que nous faisons et nous prenons plaisir à le faire.”
Autrefois intégré à l’industrie textile, Bayer explique comment Racing Bulls se concentre sur tous les aspects de la F1 de la même manière que des marques comme Vans occupent tous les aspects de leur métier : “Les deux. Vous savez pourquoi ? La F1, en fin de compte, c’est une affaire très sérieuse.”
“Voici un exemple qui vient de me venir à l’esprit. Quand je travaillais dans le snowboard, j’ai eu une réunion avec le PDG de Vans Shoes, qui organise le Vans Triple Crown de surf et le Vans Triple Crown de snowboard ; tout tourne autour du style urbain hardcore des jeunes.”
“Vous arrivez au siège social à Los Angeles, et le premier étage du bureau est un skate park. C’est la première chose que vous voyez. C’est un skate park avec de la musique rock and roll hardcore, des jeunes qui font du skateboard. Vous vous dites ’c’est ça, Vans’.”
“Au deuxième étage, il y a un groupe de gars sympas qui vous accueillent, vous font visiter les lieux et vous montrent les chaussures. Puis vous arrivez au troisième étage, où se trouvent des hommes en costume qui gèrent une entreprise hardcore, s’occupent des chiffres, font tout.”
“C’est ce qu’est la Formule 1, dans notre cas. Au troisième étage, il y a des hommes qui ne portent pas de costume, mais qui s’occupent de l’aspect hardcore de la Formule 1, de l’ingénierie, qui se battent pour gagner des millièmes de seconde.”
“Ensuite, vous arrivez au deuxième étage, où se trouve le service communication, et vous avez Red Bull. Puis, au premier étage, c’est là que se déroulent les courses de Racing Bulls et le skateboard, avec la musique et tout le reste, les activités ludiques, etc. C’est pourquoi tout est très lié. C’est un choix délibéré de faire d’une activité très sérieuse une expérience divertissante.”
Racing Bulls s’est installée à Milton Keynes pour avoir une base anglaise en plus de son usine de Faenza, et le PDG en tire de nombreux avantages : “Il devient beaucoup plus facile de recruter des personnes, car elles savent qu’elles n’ont pas à déménager leur famille.”
“Elles n’ont pas à bouleverser leur vie privée. Il existe des installations fantastiques au sein d’une équipe axée sur les valeurs, une équipe qui, je pense pouvoir le dire, est très ouverte d’esprit dans son approche. Nous constatons donc que nous devenons plus attractifs en tant qu’employeur.”
“Je pense que c’est la réalité que nous observons sur le marché, et j’ai également le sentiment que, comme nous disposons de ces avantages des deux côtés, nous bénéficions d’installations technologiques de pointe pour les vidéoconférences et tout le reste.”
“Souvent, on ne se rend même pas compte que les gens ne sont pas à côté de nous. C’est devenu très naturel. Il y a un bon flux de personnes qui vont d’Italie au Royaume-Uni une fois par semaine, y passent quelques jours, puis les gars du Royaume-Uni viennent ici, et nous avons ce flux naturel de personnes qui vont et viennent. Cela se fait très naturellement.”
En revanche, il ne pense pas que Racing Bulls effectuera un déménagement complet en Angleterre, pas plus que Ferrari ne s’y installera, selon lui, malgré des rumeurs récentes à ce sujet.
“En tant que personne basée en Italie, je ne voudrais pas trop m’exprimer là-dessus, parce que ce serait comme dire au Pape de déménager à Londres ! Ferrari, c’est probablement une entité à part, parce qu’ils sont un employeur extrêmement attractif. Mais vous savez quoi ? Le monde change. Le monde a énormément changé après le Covid.”
“Les gens accordent désormais de la valeur à leur vie privée. Si vous pouvez faire ce que vous aimez, sans devoir déménager toute votre famille en Italie, je pense que c’est un avantage. Franz [Tost] me détesterait pour dire ça… l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée !” lance-t-il en blaguant sur l’ancien directeur de l’équipe.
Plus tôt cette année, alors qu’il était encore à la tête de Racing Bulls, Laurent Mekies affirmait que l’équipe avait franchi un cap important dans tous les domaines. Bayer en est lui aussi convaincu, notamment grâce aux bases posées par le Français.
“C’est l’une des grandes forces de Laurent. Il a vu l’équipe à l’époque où elle s’appelait encore Toro Rosso, un tout petit team, et il a ensuite travaillé avec une équipe capable de remporter un championnat du monde, ce qu’était Ferrari.”
“Donc je pense qu’il est très bien placé pour dire où nous en sommes, en termes de qualité globale des personnes, des processus, des outils. Et c’est clair qu’il faut franchir ce cap. Je me souviens, quand j’étais encore à la FIA, avant l’introduction du plafond budgétaire, à quel point les grandes équipes investissaient massivement dans de nouveaux outils, machines et personnes.
“C’était littéralement des dizaines de millions qui partaient en quelques semaines. Ils signaient tout ce qu’ils pouvaient avant la date limite, juste pour s’assurer d’avoir les ressources. Évidemment, nous, en tant que petite équipe aujourd’hui, grâce au plafond, nous sommes plutôt bien protégés sur le plan de l’exploitation et du développement en cours de saison.”
“Mais en gros, nous avons commencé avec une Fiat, alors qu’eux ont commencé avec une Ferrari. Maintenant, notre Fiat est devenue un modèle très rapide et unique… mais ça reste une Fiat face à une Ferrari. C’est quelque chose qu’il ne faut pas oublier.”
“Vous voyez ces quatre ou cinq top teams, et puis vous voyez, même si ce n’est pas évident au classement, que Williams semble avoir franchi un cap cette année, ils se situent un peu entre les deux. Ils oscillent. C’est exactement ça, le défi : construire, continuer, et franchir ces étapes. C’est le vrai enjeu auquel nous sommes confrontés.”
Horner a enfin été officiellement viré de Red Bull Racing, Powertrains et Technology
